Vendre un bien immobilier et sortir de l’indivision
Après un décès, le patrimoine du défunt appartient en commun à ses héritiers (les enfants par exemple) sans que les parts respectives de chacun soient matériellement individualisées. On parle d'indivision. Chacun des héritiers devient propriétaire d'une fraction des biens de l'indivision (un tiers, un quart, etc. selon son rang successoral). Les indivisaires profitent des revenus de l'indivision (les loyers des biens locatifs par exemple), à proportion de leur quote-part et contribuent aux dépenses (taxe foncière, entretien, etc.) dans les mêmes proportions. Cette situation perdure jusqu'au partage des biens.
Une gestion à la majorité ou à l'unanimité
Les décisions sont prises de façon collégialée. L'accord des indivisaires, représentant au moins les deux tiers des droits indivis, est indispensable pour :
- effectuer les actes d'administration (actes pris pour la gestion courante des biens). Par exemple régler une facture, entreprendre des travaux d'entretien, conclure ou renouveler un bail d'habitation ;
- vendre une partie des meubles pour payer les dettes et charges de l'indivision ;
- donner à un indivisaire (ou à un tiers) un mandat pour gérer les biens indivis.
Par exception, un seul indivisaire peut effectuer les actes utiles ou nécessaires à la conservation d'un bien comme la réparation d'une chaudière ou d'un toit, la souscription d'une assurance, le ramonage d'une cheminée.
Les indivisaires n'ayant pas pris part aux décisions doivent en être informés. Dans le cas contraire, ces dernières leur seraient inopposables et les indivisaires ayant agi en assumeraient seuls la charge financière.
En cas de blocage, notamment si la majorité des deux tiers n'est pas obtenue, une autorisation judiciaire peut être demandée et accordée :
- pour représenter un indivisaire qui se trouve hors d'état de manifester sa volonté ;
- ou pour passer seul un acte lorsque le refus d'un indivisaire de donner son consentement met en péril l'intérêt commun.
La durée de l'indivision
L'indivision peut durer de nombreuses années, les indivisaires n'étant pas tenus par la loi d'y mettre fin. En revanche, le Code civil permet à chacun de provoquer le partage et de mettre fin à la situation instable qu'elle créée.
L'article 815 prévoit en effet : " Nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision et le partage peut toujours être provoqué [...] ". Grâce au partage, les fractions de parts indivises deviennent pour chaque héritier des droits privatifs qui s'exercent sur des biens déterminés.
Le partage peut être total. Il met alors fin à l'indivision. Il peut aussi être partiel, l'indivision cesse alors sur les biens concernés.
En pratique, quand les indivisaires décident de vendre un bien indivis et de se répartir le produit de la vente selon leur quote-part, c'est pour eux une façon de mettre fin à l'indivision. Tel sera le cas, par exemple, de deux enfants qui ont reçu en héritage l'unique bien de leur parent, la maison familiale, s'ils la vendent et se répartissent l'argent.
Tous les indivisaires doivent être d'accord pour vendre. Dans le cadre d'une indivision, en effet, les décisions les plus importantes sont prises à l'unanimité. Il en va ainsi pour la décision de vendre, mais aussi celle de conclure ou renouveler un bail commercial, rural, etc.
Une vente possible sur autorisation du juge
Néanmoins, lorsque les indivisaires ne s'entendent pas sur la décision de vendre le bien, ils peuvent, sous certaines conditions, saisir le tribunal de grande instance.
Pour éviter les situations de blocage, une procédure spécifique a été instaurée si un ou des indivisaires titulaires d'au moins deux tiers des droits indivis sont d'accord pour vendre (article 815-5-1 du Code civil créé par la loi du 12 mai 2009).
En pratique, ils doivent exprimer devant un notaire, à cette majorité, leur intention de procéder à la vente du bien indivis. Dans le délai d'un mois suivant son recueil, le notaire fait signifier cette intention aux autres indivisaires (celui ou ceux qui refusent la vente). S'ils s'opposent toujours à la vente ou s'ils ne se manifestent pas dans un délai de trois mois à compter de la signification, le notaire le constate par procès-verbal.
Grâce à ce document, le tribunal de grande instance peut être saisi et autoriser la vente du bien si elle ne porte pas une atteinte excessive aux droits des autres indivisaires. Cette vente s'effectue aux enchères publiques. Elle est opposable à l'indivisaire ou aux indivisaires qui s'étaient opposés à la vente.
Attention, cette procédure n'est possible que si le bien concerné est détenu en pleine propriété (il ne faut pas que le conjoint survivant en ait l'usufruit, par exemple).
Envisager la cession de droits indivis
En cas de conflit, une autre solution est envisageable : revendre sa part indivise. Ainsi, l'indivisaire qui souhaite vendre le bien alors que les autres s'y opposent va pouvoir, en cédant sa part, sortir individuellement de l'indivision. Il est libre de céder ses droits au profit d'un tiers ou d'un autre indivisaire.
Toutefois, s'il décide de les vendre à une personne étrangère à l'indivision, les co-indivisaires disposent d'un droit de préemption, c'est-à-dire qu'ils sont prioritaires pour acheter. Dans ce cas, il est essentiel de respecter la procédure d'information imposée par la loi (Code civil, article 815-14). Une notification par voie d'huissier doit être faite aux autres indivisaires. Elle doit contenir le prix et les conditions de la cession projetée ainsi que les nom, domicile et profession de la personne qui se propose d'acquérir.
Si un indivisaire est intéressé, il peut, dans le délai d'un mois qui suit cette notification, faire connaître au vendeur, toujours par voie d'huissier, qu'il exerce un droit de préemption aux prix et conditions qui lui ont été notifiés.
Il dispose d'un délai de deux mois à compter de la date d'envoi de sa réponse au vendeur pour réaliser l'acte de vente. Passé ce délai, sa déclaration de préemption est nulle de plein droit, quinze jours après une mise en demeure restée sans effet, et sans préjudice des dommages-intérêts qui peuvent lui être demandés par le vendeur.
A noter que si plusieurs indivisaires exercent leur droit de préemption, ils acquièrent ensemble la quote-part mise en vente en proportion de leur part respective dans l'indivision (sauf s'il en a été convenu différemment par convention).
Vente à un indivisaire
Si la vente s'effectue directement entre indivisaires ou si l'indivisaire donne sa quote-part d'indivision, la cession est libre. Les autres indivisaires n'ont pas à en être préalablement informés car ils ne bénéficient pas d'un droit de préemption. Dans tous les cas, il est essentiel de consulter son notaire avant toute décision. Il peut utilement conseiller les indivisaires au regard de leur situation et de la volonté de chacun.(*)
Dorothée Martel-Reisson, notaire
" Demander au juge l'autorisation de vendre est un moyen de pression efficace "
" Depuis 2009, il est possible de procéder à la vente d'un bien indivis sans réunir l'unanimité. C'est une bonne chose pour purger les indivisions bloquées par des conflits personnels au sein d'une famille. Pour autant, cette procédure exige de faire appel à un notaire et à un avocat puisqu'elle se déroule devant le tribunal de grande instance. Par ailleurs, elle aboutit à une vente aux enchères avec le risque de vendre le bien à un prix inférieur au marché. C'est pourquoi elle intéresse peu les indivisaires. Elle peut néanmoins être un moyen de pression efficace. Lorsque l'indivisaire qui s'oppose à la vente reçoit la notification du notaire, il comprend que les co-indivisaires sont déterminés et qu'il a peu de chances d'empêcher la vente. Dans ce cas, il préfère souvent revenir sur sa décision, ne pas aller en justice et accepter en définitive que le bien soit vendu à l'amiable. ".(*)
(*)Propos recueillis par Rosine Maiolo
Immobilier des Notaires : les annonces immobilières des notaires sont consultables sur www.immobilier.notaires.fr (appartements, maisons, terrains, garages, locaux d'activités, immeubles, disponibles en vente, location, vente aux enchères, viager et Vente Immo-Intéractif ®)
|